L’entreprise Quinet jugée pour l’accident de Benjamin

Justice pour Benjamin : jour J

Le procès concernant la mort au travail de Benjamin, un jeune couvreur de 23 ans, s’est tenu le 9 avril 2024 au tribunal judiciaire de Tours. En effet, le tribunal jugeait l’entreprise de couverture Quinet pour homicide involontaire, non-respect des règles de sécurité, et mise à disposition d’équipements de travail sans information ni formation. Tout d’abord il faut dire que l’ambiance était tendue dans cette salle d’audience. Par ailleurs, des membres de l’association soutenaient la famille de Benjamin.

justice pour Benjamin

Témoignage émouvant de Caroline, mère de Benjamin

Cependant, il faudra encore attendre que d’autres auteurs d’infractions soient jugées avant de pouvoir entendre la maman de Benjamin, Caroline, membre fondatrice de l’association, s’exprimer sur la douleur d’avoir perdu son fils. Lorsqu’elle peut enfin prendre la parole, une vive émotion remplie la salle : « Tout d’abord, je tenais à vous remercier de me laisser prendre la parole. Je commencerai par vous parler de Benjamin. Benjamin était mon fils aîné.

Un portrait de Benjamin

Il est né le 25 janvier 1999. Mon premier bébé, celui qui m’a fait découvrir la joie de la maternité, celui qui m’a fait grandir en tant qu’adulte. Il était joyeux, curieux. L’école n’était pas faite pour lui. Il rêvait de liberté et très jeune, il a été attiré par les toits, donc quoi de plus logique qu’il oriente ses études vers la couverture. Il aimait ce sentiment de solitude sur les toits des villes, les levées de soleil. Benjamin aimait la vie, sa famille et ses amis. Il était gentil et généreux. Il était le grand frère. Le grand frère de trois sœurs et un frère. Le 28 février 2022, à 19h, notre vie a basculé.

L’impact de la tragédie

Un appel de la gendarmerie et tout est terminé. Cette annonce terrible au téléphone, qui ne me laisse pas préparer mes trois plus petits, qui vivent avec moi. Pour eux, mon cri et mes larmes resteront à jamais gravés dans leur mémoire. Ils ont compris à cet instant que leur vie sera à jamais différente. Qu’ils allaient devoir apprendre à vivre avec le manque de leur grand frère, avec la tristesse et la douleur. Ma belle et grande famille dont j’étais si fière, qui était si unie à voler en éclats avec le décès de Benjamin. La douleur fait des ravages.

Les répercussions familiales sur la fratrie

Il y a encore 48h, j’étais au service de réanimation de Saintes, pour tenir la main de ma fille aînée, Alicia, qui a encore fait une tentative de suicide. Une de plus. J’ai arrêté de compter à la dixième. Au décès de son frère, elle a perdu pied, perdu le goût de la vie. Elle a tout perdu. Son travail, son compagnon, son appartement. Tout est à reconstruire. Toute ma famille est suivie par des psychologues.

Adèle, qui a maintenant six ans, a très peur que l’un de nous parte, comme elle dit. Parce qu’à six ans, elle a déjà compris ce qu’était la mort.

Puis Jules,13 ans, a déjà pensé à suicider également. Un coup de couteau dans la carotide et on n’en parle plus.

Enfin, Michelle 12 ans, a quant à elle, mit la tête dans ses études et s’est enfermé sur elle-même. Et moi, la maman. La maman qui culpabilise de ne pas avoir su protéger son fils, son bébé. Moi qui lui ai appris la valeur du travail. Moi qui lui ai tenu le discours sur la sécurité qui était « Il y a ce que tu apprends à l’école et ce qui se passe en entreprise. » Mais est-ce vraiment à moi de le protéger ? Comment aurais-je pu imaginer les risques qu’on lui faisait prendre ?

Les conséquences pour la fiancée de Benjamin

Et Eva, sa fiancée. Je n’imagine pas ce qu’elle peut se ressentir. Comment peut-elle construire sa vie après ça ? Ils étaient au début de tout. Au début de leur vie de couple, au début de leur vie de famille. Benjamin l’avait demandé en fiançailles. Un jour, il se serait marié et aurait eu des enfants. Comment se remettre d’un tel drame ? Comment faire le deuil de son fiancé et de son futur ? Le décès de Benjamin a affecté tout le monde. Son papa, son beau-père, qui l’a formé comme couvreur Zingueur.

Nous avons une immense pensée pour ses deux grands-mères, qui ont plus de 80 ans et qui n’ont pu être présentes aujourd’hui. Ainsi que pour ses oncles, ses tantes, sa marraine, ses cousins et cousines, très nombreux et qui ont grandi avec lui. Et enfin pour ses amis, qui n’imaginaient pas qu’à 23 ans, on puisse mourir.

L’accident de travail et la fatalité

A tout cela se rajoutent des difficultés financières. A 70 euros, la séance de psy, je vous laisse compter. Les frais d’obsèques, les frais d’avocat. Se rajoute également la solitude. Car la particularité de l’accident de travail, c’est que dans l’esprit des gens, c’est la fatalité, les risques du métier. Mais de quelle fatalité parle-t-on quand on voit les chiffres des morts au travail en France ? Benjamin était le 59ème mort de l’année 2022 et nous n’étions que le 28 février.

Soutien et solidarité

Je suis la co-fondatrice d’une association qui lutte contre la mort au travail. Cette association m’a permis d’être soutenue par d’autres familles. Des familles qui comprennent ce que ma famille vit au quotidien. Ce que nous traversons.

Un mot pour M. Robert

Je conclurai avec un mot pour M. Robert. Je peux entendre qu’il est affecté par le décès de Benjamin et je le remercie d’être venu me présenter ses condoléances le lendemain de l’accident. Il lui a fallu beaucoup de courage. Mais il lui faut maintenant assumer les responsabilités de cet accident. Être chef d’entreprise n’est pas simplement gérer la comptabilité et les plannings de l’entreprise. Il y a des êtres humains sous sa responsabilité. Et derrière eux, des familles entières à jamais détruites.

Remerciements sincères

Je tenais également à remercier Mme le procureur qui nous a permis de revoir une dernière fois Benjamin, en laissant le corps à la famille à la sortie de l’institut médico-légal. Je voudrais remercier les secours qui ont tout fait pour tenter de le ramener à la vie. Et enfin, je voudrais remercier mon avocate, le collectif familles, ma famille et mes amis pour leur soutien dans cette douloureuse épreuve. Et enfin vous, mesdames et messieurs les juges, de m’avoir laissé l’opportunité de m’exprimer au sein de votre tribunal aujourd’hui. »

Benjamin entouré de son frère, Jules et de ses sœurs Adèle, Alicia et Michelle

Les manquements à l’obligation de sécurité

Il faut souligner que, lors des débats, il a été révélé que Benjamin avait chuté d’une nacelle de chantier située à 12 mètres de hauteur. Selon l’avocate des parties civiles « si ce jeune homme avait été correctement formé, si les équipements avaient été adaptés, si les moyens de protection avaient été mis en place, avec une réflexion de l’employeur sur la bonne conduite sécurité du chantier, ça ne serait pas arrivés ».
Alors que de son côté, la défense a plaidé que « l’entreprise a mis à disposition des salariés toutes les équipements de protection collectif, malheureusement ça n’a pas suffit parce qu’il y a des comportements autour qui ont conduit à l’accident ».

La reconnaissance de culpabilité de l’entreprise Quinet

Finalement, le 14 mai 2024, l’entreprise Quinet a été reconnue coupable d’homicide involontaire et de manquements graves à la sécurité. En conséquence, elle a été condamnée à une amende de 50 000 € dont 25 000 € avec sursis. En outre, le tribunal a souligné l’importance de renforcer les mesures de sécurité sur les chantiers pour éviter de tels drames à l’avenir. Il est vrai que ce jugement était attendu, mais il n’efface pas la douleur de la perte de Benjamin pour sa famille. D’autant que nous sommes très loin des sanctions encourues. En effet, l’article 221-6 du Code pénal prévoit que le délit d’homicide involontaire peut être sanctionné de 5 ans d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende en cas de violation manifestement délibérée d’une obligation particulière de prudence ou de sécurité imposée par la loi ou le règlement.

Laisser un commentaire

Retour en haut ↑

En savoir plus sur Collectif familles stop à la mort au travail

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture